Une salle du manoir

AlmaSoror

Le manoir AlmaSoror — articles, fragments et chroniques d’Edith de Cornulier-Lucinière depuis 2008.

  • L’Iliade intérieure

    Quel est le contraire de la médiocrité humaine ? L’élévation de l’âme et l’excellence des gestes. Le médiocre, c’est celui qui vend exprès des vieilles pommes de terre pourries sur le marché, celui qui loue le plus cher possible des studios dans lesquels il investit le moins de frais possible, celui qui critique l’autre à qui… Lire

  • Sur Isaac

    Dans ta lettre, tu me parles d’Isaac : « ce que j’en pense, de ce jeune homme, tellement plus jeune que moi (vingt ans de moins!), c’est qu’il est extraordinairement capable. Excellent violoniste, chanteur remportant des premiers ou seconds prix de chants lyrique, multilingue, voyageur autonome dans des contrées peu touristiques, sympathique, séduisant, beau, fort physiquement, bon… Lire

  • Samedi de décembre dans l’Ouest

    Une petite mer de nuages blancs et roses sur l’océan atlantique à travers la pinède qui nous sépare de l’eau. La sangle est tirée entre deux arbres et je ne peux pas parler : je suis ulcérée par moi-même et par certains éléments de ma vie quotidienne. Mais peu à peu la marche sur la sangle,… Lire

  • E-Volumen

    C’est une symphonie de codes, sans son. Face à la masse des contenus, qui sera prescripteur ? Dans cette économie de l’attention, l’intérmédiation use d’algorithmes. La donnée, par milliard, s’analyse, se monnaye, s’utilise. Grand vol organisé de la forêt de clics et de liens. Le distributeur s’aliène toute la chaîne, de la production première au paiement… Lire

  • Te decet hymnus deus in Sion

    Te decet hymnus deus in Sion

    François (frère Paul) de Cornulier, à droite Mon oncle Fanfan, frère Paul chez les bénédictins, est mort hier, âgé de 80 ans, un an et deux jours après son jeune frère Paul (mon père). Ces dernières années, Fanfan était battu par son supérieur. Il l’avait avoué à ses frères (de sang), tout en disant : je… Lire

  • Le petit Lanstier

    Quant à mon rêve de campagne, quel est-il ? La nature perdue – mais j’ai peur des errants, de la nuit. L’hôtel de la vieille ville – mais j’ai peur des voisins, des conflits humains. L’exploitation agricole – mais j’ai peur de me faire mal avec des outils, d’être infirme sur le plan technique. Loin du… Lire

  • Le masque

    « … déchiré par cette illusion de liberté que donnent les êtres qui nous quittent… » Jean-René Huguenin Je quitte tous ceux qui m’approchent pour qu’ils continuent à me désirer et qu’ils me prêtent un bonheur et un mystère que je ne possède pas plus qu’eux. Je pars sans me retourner parce que je veux qu’on me… Lire

  • La clarté de la crèche dans la nuit du péché

    « Dans la nuit du péché, c’est l’étoile de Bethléem qui luit ; c’est l’ombre de la Croix qui tombe sur la clarté de la crèche. La lumière s’éteint dans l’obscurité du Vendredi Saint, mais remonte plus éclatante, soleil de grâce, au matin de la Résurrection… C’est à travers les souffrances et la Croix que le… Lire

  • Trouble

    « Que rien ne te trouble », écrivit la grande dame voilée dont le grand-père était un converso. Elle avait raison, mais c’est difficile, elle avait raison, et un jour viendra, où le cœur, calme et puissant comme l’océan pacifique après la tempête, accueillera les remous du monde en scintillant sous le soleil. Les grandes familles d’hier… Lire

  • Harcèlement depuis plusieurs semaines

    EDF vend donc les données de ses clients à un(e) véreux « recouvreur de créances » ? Ou bien edf se fait-elle voler ses données via des employés iniques ? Bref, je ne dois rien à edf, mais effectivement il y a eu un trop-perçu de leur part de 51, 76, dont j’ai annulé le prélèvement. Pour… Lire

  • En cet instant-là

    En cet instant-là

    « J’ai vu descendre du ciel, d’auprès de Dieu, la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, toute prête, comme une fiancée parée pour son époux » (Ap 21, 2). Comme le Christ lui-même est descendu du ciel sur la terre, son épouse, la sainte Église, a aussi son origine dans le ciel ; elle est née… Lire

  • Ces féroces soldats

    Ces féroces soldats

    Surtout ne pas penser. Surtout ne pas se révolter. Surtout ne pas tirer de conclusion.    Lire

  • Triumvir

    Alors que la foule demande la démission du président de la République, j’entendais discourir des cols blancs sur la fin de la Vème République et l’aménagement d’une VIème, et je me disais, en mon for intérieur fatigué, qu’il serait plus judicieux d’en terminer avec la « République » et de créer un triumvirat français, co-dirigé par le… Lire

  • Au fil des mois et des années

    Au fil des mois et des années

    (Décembre 2017)Bilitis, quand tu reviens, c’est que l’ethanol permet à nouveau d’entrevoir la beauté d’un amour. Même au pays de solitude, même au bord du grand silence des mots, quelques gorgées prolongées te rappellent à mon existence. Je revois l’étrangeté d’un corps qu’entoure une serviette de bain, j’entends comme l’étouffé d’un vêtement qu’on pose et… Lire

  • « Les lignes que forment la bouteille et la pipe »

    « Les lignes que forment la bouteille et la pipe »

    Sara s’amuse à photographier d’après Joseph Sudek : Joseph Sudek, sans titre,  années 20, prise au foyer des Anciens Combattants   Extrait de l‘auto-interview de Sara (éditions du Sonneur) : « On m’a récemment montré une photographie de Joseph Sudek. Un homme avec un chapeau, sous une voûte, observe une bouteille en fumant sa pipe. Les… Lire

  • La bande d’une ville désertée

    La bande d’une ville désertée

    (L’église ND de Bon-Port aux Sables d’Olonne)   Rage ! Cris ! Huée dans les frimas ! Qui êtes-vous, jeunes garçons qui courez dans la ville triste ? Celle où habitent ceux qui n’ont pas de quoi payer les loyers des bords de mer et des centre-villes guillerets. Vous avez lu quelques passages choisis de… Lire

  • Aucun intérêt

    La femme est aussi ignoble et insensible que l’homme, mais par en bas. L’un est pervers par domination, l’autre par fourberie, les deux tout aussi responsables et coupables, et chacun peut se libérer de cet atavisme et devenir un être libre, qui ne domine ni ne se soumet. Se soumettre est aussi inacceptable que dominer.… Lire

  • Aux portes du parc de loisirs

    C’est parce que dans notre société, le bon sens mène en prison, que les soumis involontaires (qui savent qu’ils ont, à chaque instant, tout à perdre et rien à gagner), ne peuvent que s’exprimer par défaut : par des marches blanches, par des recroquevillements, par des minutes de silence.  Citoyens sans armes (ni même l’arme démocratique qui… Lire

  • Besoins sans cause

    Besoins sans cause

    Le salariat créée le besoin de vacances ; la vie de bureau crée le besoin de sport ; la raréfaction des chants en famille crée la nécessité des cours de musique ; l’absence de vie commune crée le recours à la vie de couple ; l’impossibilité de regarder le ciel étoilé détraque la sexualité.  Lire

  • Mon œil gauche tombe pour indiquer la fatigue

    Imagine une mathématique qu’on pourrait entièrement dire avec des mots et des poèmes et prières, transcris précisément en langage formel. Un étang, des grenouilles, des libellules, des carpes, le croassement des corneilles dans la nuit. C’est le mois de septembre. Un garçon assis sur l’herbe haute attend qu’une idée lui vienne. Les idées sont des… Lire

  • Joies des intérieurs

    Deux enfants nus dansent dans une cuisine, ce soir, en riant, au cœur d’un village du Vexin.  Un autre soir, ces deux enfants bien habillés circulent éberlués au milieu des nombreux adultes, venus saluer leur grand-mère qui dessine des cerfs et des profils humanoïdes sur les livres qu’elle dédicace.  C’est une semaine avec ses joies… Lire

  • Tristesses de rue

    C’est une semaine avec ses tristesses de rue : devant le jardin des Plantes, à l’orée de la rue Buffon, un homme accroupi, agrippé par deux petits garçons haletants qui l’enserrent de leurs bras, se collent à lui en émettant des sons de semi-sanglots retenus. À quelques mètres d’eux, une femme blonde, raide, debout, regarde. Les… Lire

  • Peux-tu ?

    Peux-tu couper avec la plainte romantique, rompre avec le regret mélancolique, cesser de toujours infuser le même mystère entre les lignes (ce mystère devient sirupeux). Essaie de nouer avec l’étoffement du vocabulaire, la rudesse pure des phrases, les sujets inabordés. Trop de nuits ont été passées à comparer les traductions d’un verset d’Esaïe. Pas assez d’air… Lire

  • Pluie d’étoiles

    Tu disais des poèmes aux quatre saisons. Tu n’es plus. Il faut bien que quelqu’un te succède à cette valse de mots. Alors voici,  après Le vieux majordome, le poème de l’hiver 2017 ; après Fazil, le poème du printemps 2017 ; après Dans la chambrée, le poème de l’été 2017 ; après Silentium, le poème de l’automne 2017, ; après Héroïne, le… Lire

  • …cette égalité remarquable constitue les vers

    N’êtes-vous pas sensible comme moi, à l’acharnement amusé avec lequel Benoît de Cornulier harcèle la syllabe, surtout lorsqu’elle est piégée dans un vers ? Voici un extrait – le début – de sa thèse d’Etat, soutenue le 29 juin 1979 à Aix-en-Provence. Mieux vaut avoir jeté un œil (qu’on peut reprendre ensuite, bien sûr, inutile de… Lire