Rougevent

 

Mavra Nicolaïevna Novogrochneïeva, vent rouge, rougevent

[Lecteur Grooveshark — service fermé en 2015, à remplacer par un lien Spotify/YouTube/Bandcamp si pertinent]

Souffle le vent rouge, sur la plaine ouverte comme un cœur enfantin. Dort le fils, au fond de la maison. Murmure la femme, une douce chanson. D’anciennes paroles fendent la campagne, personne ne les entend. Dans la chapelle close la Vierge pleure doucement. Elle attend. Moi j’erre dans ce monde mort, dans ma vie moderne et sans chaleur. J’ai mon casque de motarde et mes bottes de ville. Je marche sur la route qui déchire les champs d’orge. Ce soir, lune d’orge.

Le vent rougeoie. Il n’a pas d’haleine, ni de tiédeur. Il n’a pas d’odeur. Il souffle sans cesser de songer aux mauves et aux violettes qu’il faut aérer. Les boutons d’or montrent leur or et disent souriants qu’ils ont droit aussi à la chaleur caressante du vent.

Pourquoi les hommes frissonnent-ils à la porte du bar dont le rideau métallique s’ouvre ou se ferme ? Le vent n’apporte pas le froid.

Et le fils dort, et l’homme est loin, et la femme chante, et les oiseaux picorent des brindilles et des graines. Je vais partir ce soir. La plaine ne se plaint pas dans sa solitude. Aujourd’hui le vent est rouge.

 

Edith CL

 

9 réponses à “Rougevent”

  1. Anonyme

    j’envoie ce lien sur google+ car c’est sûrement un web site très jolie

  2. Anonyme

    Je crois que c’est la peur de la solitude qui fait frissonner les hommes lorsque les bars ferment.
    Mais peut-être le vent y est-il pour quelque chose ?

  3. Anonyme

    Oui, c’est sans doute la solitude. Je crois que le vent est aux frissons ce que les oignons sont aux larmes : un prétexte, une possibilité de préservation de l’intime.

  4. Anonyme

    Merci, Henri-Pierre et Hélène de votre visite. Et à la lune d’orge, en septembre, quand la moisson est finie, que les vendanges ont lieu trop loin, que l’amour trop timide se cogne contre les portes du silence, le vent et la solitude s’emparent des villages dépeuplés. Mais ces hommes, sûrement, ont quelque chose au creux d’eux mêmes qui les réchauffent et c’est ce mystère que je cherche.

  5. Anonyme

    Je pense à deux choses en relisant ce billet et ces commentaires :
    La chanson d’Anne Sylvestre : « Maman, le vent me fait la cour… »
    Le film « Chocolat » où les héroïnes apparaissent et disparaissent portés par les vents

  6. Anonyme

    « Fille folle amante du vent
    Boucle ton corset
    Baisse bien la tête
    Méfie-toi : qui aime le vent
    Engendre la tempête
    Engendre la tempête »

  7. Anonyme

    Lune d’orge, lune de septembre, lune des moissons. Je ne savais pas que c’était aussi la lune des vents rouges. Où ceux ci soufflent-ils ?
    Je découvre la chanson de Sylvestre et de son amour vent. Cela me rappelle une autre chanson, dont je reproduis les paroles ci-dessous.
    J’ai envie d’aimer une femme vent et que nous engendrions une tempête. On est dimanche, le matin s’étire encore un peu.
    La Dame du palais du vent
    La Dame du palais du vent
    A les mains claires des fontaines.
    La Dame du palais du vent
    A les mains claires d’un étang.
    Et le vent, et le vent
    Quand la nuit descend,
    Et le vent, et le vent
    Et le vent l’attend.
    La Dame du palais du vent
    A les yeux gris couleur de brume.
    La Dame du palais du vent
    A les yeux gris couleur du temps.
    Et le vent, et le vent
    Quand la nuit descend,
    Et le vent, et le vent
    Et le vent l’attend.
    La Dame du palais du vent
    A les chevaux des grands nuages.
    La Dame du palais du vent
    A les cheveux de l’ouragan.
    Et le vent, et le vent
    Quand la nuit descend,
    Et le vent, et le vent
    Et le vent l’attend.
    La Dame du palais du vent
    Un soir sur un rayon de lune.
    La Dame du palais du vent
    S’en est allée tout en chantant.
    Et le vent, et le vent
    Quand la nuit descend,
    Et le vent, et le vent
    Et le vent l’attend.