Une salle du manoir

AlmaSoror

Le manoir AlmaSoror — articles, fragments et chroniques d’Edith de Cornulier-Lucinière depuis 2008.

  • Suspension II

      La vie ne s’écoule pas exactement comme on l’aurait voulu ni comme on veut bien le raconter. Pourtant, il y a des bières face à la mer et des moments d’intense rencontre. Mais l’âme a soif et « les désirs réalisés augmentent la soif comme le sel ». Les rêves remisés au tiroir assèchent la joie.… Lire

  • Orage calme

    L’odeur de la pipe ! Cet appartement ressemble à une névrose. Beauté de l’emplacement, des fenêtres, des tomettes ; la folie dort dans les placards surchargés d’une bouffe que personne ne mange, elle plane et stagne dans les senteurs du tabac froid de la pipe, enfin elle s’étiole quelque peu quand on ouvre les fenêtres,… Lire

  • Cantique de ce soir

      Ce soir, je n’ai ni l’humeur à rire, ni l’humeur à pleurer. Hier, pas d’église. Juste un cimetière, l’ombre tutélaire de Joachim du Bellay sur les cèdres angevins. Une amie dont les larmes coulent, des messieurs possédant des maisons en Bretagne qui posent des questions fatigantes. Des questions qui rappellent que l’on n’a pas… Lire

  • Suspension

      Un petite table demi-lune en bois brun, un sac à main bleu turquoise, un ordinateur portable ouvert à mes pensées profondes, dans un studio du douzième arrondissement de Paris ; mais c’est à la montagne que je pense, au chalet que je voudrais retrouver. À la musique de Terje Rypdal en boucle, au souvenir de… Lire

  • Luctisonus

      Lugubre est ton concert a capella, chouette effraie. C’est celui que je veux entendre les mille derniers jours de ma vie, avant de rendre l’âme au vent, le corps au limon, ma voix au silence. C’est ton hululement à l’orée des ifs obscurs que je veux pour dernières agapes sonores, et qu’à la fin… Lire

  • Donzac (Gironde)

    Donzac (Gironde)

      Zénith Le silence et la vigne règnent sur les vallons dorés. Une buse plane au-dessus de la parcelle de Brissette. Un feu se distingue sur les hauteurs de Crâne. Liane, en attendant ton raisin, tu t’enroules autour du fil, Entortillement répété sur chaque pied – Sarments chauds, serments-prisons. Une camionnette traverse le champ labouré ;… Lire

  • Le craquèlement des sarments

    C’était dans la souffrance d’une matinée de soleil. Les vignes immobiles recueillaient la lumière dans leurs feuilles ouvertes. Un sarment quelquefois craquelait dans la chaleur. Le ciel bleu et blanc s’étirait de vallon en vallon, caressant les parcelles inéquitablement. Le silence régnait sur ces terres. Même les oiseaux se taisaient. Je fermai les yeux pour… Lire

  • Les grillons

    Les grillons

    Le chant des grillons monte peu à peu. Un jour il finira par tout recouvrir : les voix des gens et les cris des tourterelles, la maison et les prés, le bois de Saint-Charlot. Je mourrai emportée par le chant des grillons, mon corps sans vie deviendra bourdonnement, il n’y aura plus que le ciel,… Lire

  • Fragment d’un rivage

    « À cette heure là, Maremma est comme morte ; ce n’est pas une ville qui dort, c’est une ville dont le cœur a cessé de battre, une ville saccagée. Si on regarde par la baie, la lagune est comme une croûte de sel, et on croit voir une mer de la lune. On dirait que… Lire

  • Nocturne express

      à Erika Noulste que j’ai quittée, à Max Farmsen que j’ai laissé partir. Aux amours mortes, qui nourrissent d’amertume nos parfaites solitudes.   Il ne faut plus penser au cargo mort. Tu n’es plus près de moi, posant ta main sur mon épaule quand sonne minuit. Tu n’es plus celui qui chante un vieil… Lire

  • Confidences de ce soir

    Je suis née d’une mère folle qui regarde le film India Song en transe, durant des heures, en admirant les miroirs et les silences. J’ai vu les enfants goélands tenter leurs ailes dans des patios bleus aux saisons chaudes. J’ai compris mon destin en entendant des voix. À force de lecture et d’écriture, j’ai oublié… Lire

  • Trajet

    Trajet

    Le Trident du dimanche, poème partant en vrille. Latitude, voyage visuel de basse qualité photographique Lire

  • Amer savoir, celui qu’on tire du palais !

     (Tout ici-bas est initiatique) Il y a quelques semaines, dans mon cher Carrefour Market du boulevard Castelnau des Sables d’Olonne où les produits locaux côtoient les journaux ni subventionnés ni côtés en bourse de l’extrême-gauche fidèle à elle-même, j’ai hésité de longues minutes devant le vaste rayon de bières et j’ai fini par choisir une… Lire

  • Horror

    Horror

    «Femme Narcès : « Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire et qu’on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entre-tuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève… Lire

  • 14 juillet sur la côte

    Ben oui, j’écoute du post rock ambient dans un appart sombre à quelques encablures de la mer bleu scintillante sous le ciel éclatant, une de mes phrases préférées lues sur Internet, c’est ça, « C’est comme tomber sur un disque des Thugs à l’Emmaüs de Saumur en fait, le genre de découverte qui donne tout… Lire

  • Emersion

      « Le siècle où une institution apparaît au grand jour, brillante, puissante, maîtresse, n’est presque jamais celui où elle s’est formée et où elle a pris sa force. Les causes auxquelles elle doit sa naissance, les circonstances où elle a puisé sa vigueur et sa sève, appartiennent souvent à un siècle fort antérieur ». Fustel de… Lire

  • Croisés et décroisés

    Croisés et décroisés

    Chers cousins qui vivez parmi les cèdres du Liban, vous avez ces bombes qui explosent sur les ailes de vos palais ancestraux ; nous avons nos bombes intérieures qui font éclater nos familles dans nos appartements urbains. Vous avez les hurlements de vos enfants qui rendent l’âme. Nous avons le silence des nôtres qui ne trouvent… Lire

  • Le trident du dimanche – IX

    Toi : évanescente, Sous la lampe À l’huile de menthe,   Moi : comme une estampe Incisée Au scalpel de vamp,   Nues dans la rosée Aurorale Du ciel irisé,   Nos voix sépulcrales Psalmodient L’hymne inaugural :   « Ô psaumes mal-dits Du dimanche, Lèvres de midi !   Sonore avalanche, Barycentre, Clenches de nos hanches,… Lire

  • En attendant le chant des crapauds

    En attendant le chant des crapauds

    On peut tracer une grande croix sur le monde immense : les quatre pointes de la croix sont les points cardinaux. En haut, le Nord, où il fait froid ; en bas, le Sud, où il fait chaud ; à droite, l’Est, où le soleil se lève ; à gauche, l’Ouest, où le soleil se couche. Le soleil… Lire

  • Ecarte tes mains

    Ecarte tes mains

    Abstineas auidas, Mors, modo, nigra, manus; abstineas, Mors atra, precor: non hic mihi mater quae legat in maestos ossa perusta sinus, non soror, Assyrios cineri quae dedat odores et fleat effusis ante sepulcra comis… Tibulle (élégie) Écarte tes mains avides, noire Mort, retiens-les, sombre Mort, je t’en supplie. ici, je n’ai point de mère qui… Lire

  • Tommasi

    Tu te levais tôt, tu descendais vers les étangs du Malicrou. Tu ne parlais plus de Corse, ni d’Italie, ni de Sardaigne, ton passé semblait enseveli sous la poussière et le sable. A l’époque, tu t’entraînais à ne désirer que ce qui est disponible à quiconque ici-bas : Un mieux-être, un bien-être inconnu jusqu’alors ;… Lire

  • Habiter

    Habiter

    « Mais « habiter » ne signifie pas pour autant agir, bâtir, ou encore devenir. Habiter, c’est fréquemment être dans la pause du silence, isolé et emmuré par le continuum de la pluie ; c’est épier le mari qui s’en va, c’est errer sans jamais fuir dans la même rue vide et morne, et attendre – dans le café… Lire

  • Vox clamantis

    Au sortir de trois heures de réunion à la Sécurité sociale, tu marches dans les rues du neuvième arrondissement, tu ne comprends pas comment on peut survivre dans un cadre administratif. Anéantissement de l’âme, devenir torve de l’esprit, dépérissement du corps, perversion du langage, inutilité des obligations, déni de l’essentiel. L’administration est une nuit humaine.… Lire

  • La joie crépusculaire

    La joie crépusculaire

    Qu’est-ce qui te rend heureux en dehors de toute vie sociale, quel bonheur t’emplit en profondeur même si les autres n’en sauront jamais rien ? La joie crépusculaire. Lire